mercredi 25 juillet 2012

Bernanos à l'honneur





C’est une belle initiative qu’a prise Xavier Cheneseau en publiant des citations choisies de Georges Bernanos. Déjà auteur, entre de nombreux autres ouvrages, d’une remarquable histoire des Camelots du roi, c’est à un écrivain qu’on devine intime qu’il a décidé de consacrer cette anthologie dans laquelle les citations sont classées alphabétiquement par thème. 



Une brève introduction permet de rappeler le parcours de cet homme d’honneur : après s’en être éloigné une première fois, ce croyant ne se rapprocha-t-il pas de l’Action française en 1926 pour marquer sa solidarité après la condamnation papale ? Mort depuis maintenant près de soixante-cinq ans, il ne laisse toujours pas indifférent. Certes, les passions se sont éteintes, notamment le conflit stupide — tel était l’avis de Boutang — qui l’opposa au maître de sa jeunesse, Charles Maurras. Du reste, le sort est cruel. Dans Les Enfants humiliés, Bernanos menace Maurras de funérailles nationales. C’est lui qui faillit les avoir, quand le maître de l’AF rejoignit pour la dernière fois sa Provence natale dans un wagon à bestiaux. Mais les querelles sont oubliées. Dès 1948, Boutang, avec l’accord de Maurras, publia un bel article sur la mort de Bernanos dans Aspects de la France. Et aujourd’hui, comment ne pas être toujours aussi remué par ce style qui fait d’autant plus l’homme qu’il exprime tout un être, de chair et d’esprit, transcendé par sa foi ?
Cette promenade à travers Bernanos constitue, pour un lecteur qui en a nourri son adolescence et sa jeunesse, comme autant de clins d’œil à sa propre découverte. La musique des phrases, tout autant que leur message, est un appel à la meilleure part de nous-mêmes. Mais c’est aussi l’actualité de l’auteur de La France contre les robots qui impressionne : « La Guerre Totale, y écrit-il, est la Société Moderne elle-même, à son plus haut degré d’efficience. » Et comment être fidèle à Bernanos sans évoquer le grand chrétien qu’il fut ? Comme l’espère fort bien Cheneseau, « puisse ce choix personnel de citations de Bernanos servir à donner du baume au cœur de ceux qui veulent continuer à penser que Dieu est chez lui en France ».
Nous emprunterons pour finir, une citation à l’article Monarchie. Elle est tirée de Nous Autres Français : « La sensibilité française, en 1789, était déjà formée depuis longtemps, et cent cinquante ans d’apparente réaction contre le passé ne suffisent pas à modifier profondément nos réactions morales, notre conception particulière du devoir, de l’amour, de l’honneur. De sorte que le rythme profond de notre vie intérieure n’est en rien différent de celui d’un contemporain de Louis XVI. En ce sens on peut dire que tous les Français sont monarchistes comme moi. Ils le sont sans le savoir. Moi je le sais. »
Et nous avec lui.
Axel Tisserand


Georges Bernanos, citations choisies par Xavier Cheneseau, éd. Agnus, 44 pages, 7 euros. 

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